Cinq lieux de Paris dont l'histoire échappe aux visiteurs
Quels sont les lieux historiques les plus méconnus de Paris ?

Paris excelle à dissimuler les choses en pleine vue. Non pas au sens des passages secrets, mais au sens où un amphithéâtre vieux de deux mille ans peut se trouver derrière une porte cochère ordinaire, dans une rue passante, devant laquelle plusieurs milliers de personnes défilent chaque jour sans s'arrêter. En voici cinq, avec la part de l'histoire qui ne figure pas sur le panneau.
1. L'arène romaine derrière une porte cochère
Au 49 rue Monge, dans le 5e arrondissement, un passage ressemble à l'entrée d'un immeuble d'habitation. Traversez-le : vous vous tenez dans un amphithéâtre gallo-romain du premier siècle, construit quand la ville s'appelait Lutèce et pouvant accueillir de l'ordre de quinze mille personnes — davantage que la population de la cité elle-même, ce qui indique qu'il drainait toute la région alentour.
Le plus remarquable, c'est à quel point il a failli disparaître. Enfoui et oublié pendant des siècles, il fut redécouvert en 1869 lors du percement de la rue Monge. Le terrain devait accueillir un dépôt de tramways. Un comité de sauvegarde se constitua, Victor Hugo y prêta son nom, et l'amphithéâtre fut dégagé puis ouvert au public.
C'est aujourd'hui un square de quartier. La plupart des après-midi, des gens jouent au football sur le sol d'une arène romaine — ce qui est soit un scandale, soit le meilleur destin possible, selon l'idée qu'on se fait de la vocation d'un monument.
2. La tour sans église
La Tour Saint-Jacques se dresse seule dans un petit square près du Châtelet : cinquante-deux mètres de gothique flamboyant auxquels rien n'est rattaché. On dirait une fabrique de jardin. C'est en réalité le clocher de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, édifié au début du XVIe siècle et financé par la corporation des bouchers, dont c'était le quartier.
L'église fut vendue comme bien national après la Révolution et démolie en 1797 — mais l'acte de vente imposait la conservation de la tour. Elle survécut ensuite en se rendant utile : au XIXe siècle, elle fut louée comme tour à plomb, où l'on laissait tomber du plomb fondu depuis le sommet dans un bassin, la chute lui donnant sa forme sphérique. Un clocher gothique a passé des décennies en fabrique de munitions.
Une statue de Blaise Pascal se dresse à son pied, en souvenir des expériences sur la pression atmosphérique qu'il y mena. La tour abrite aujourd'hui une station météorologique, ce qui constitue une jolie continuité.
3. La colonne rattachée à rien
Contre le flanc de la Bourse de Commerce, dans le 1er arrondissement, une colonne dorique cannelée monte d'une trentaine de mètres, puis s'arrête. Elle ne soutient rien et n'appartient à aucun édifice. Les visiteurs photographient la Bourse et regardent rarement à gauche.
Elle fut élevée vers 1575 pour Catherine de Médicis, dans le cadre de son Hôtel de la Reine, et c'est le seul élément de ce palais encore debout. L'hôtel fut démoli en 1748 ; la colonne fut rachetée et préservée, puis intégrée à la halle aux blés devenue la Bourse. Un escalier court à l'intérieur, jusqu'à une plateforme au sommet.
La tradition veut que Cosimo Ruggieri, l'astrologue de Catherine, s'en soit servi comme observatoire. L'anecdote est reprise partout et reste mal étayée : elle peut être vraie comme relever de l'embellissement du XVIIIe siècle. Il vaut la peine de connaître à la fois le récit et son statut, car une bonne moitié de ce qu'on raconte sur Paris est exactement de cette nature.
4. L'enceinte médiévale le long d'un terrain de sport
Rue des Jardins-Saint-Paul, dans le Marais, un long pan de muraille en pierre brute, flanqué des souches de deux tours rondes, borde un terrain de sport. Aucune barrière, presque aucune mise en scène. C'est le plus grand tronçon conservé de l'enceinte que Philippe Auguste fit élever autour de Paris entre 1190 et 1215 environ, avant de partir en croisade.
Ce qui vaut l'arrêt, c'est ce qu'il révèle de l'échelle. Ici s'arrêtait la ville. Tout ce qui s'étend au-delà — le Marais tel qu'on le connaît, la Bastille, tout l'est — n'était que champs. Se tenir devant ce mur réorganise votre carte mentale du centre de Paris plus efficacement que n'importe quelle vitrine de musée.
Des fragments de la même enceinte affleurent ailleurs, souvent de façon absurde : dans un parking, au sous-sol d'une boutique, encastrés dans le mur de cour d'un immeuble privé. Une fois son tracé connu, on se met à la retrouver partout.
5. La statue dont les Parisiens ont fait un instrument
Sur le pont de l'Alma, un soldat de pierre — un zouave, du nom d'un régiment d'infanterie coloniale — fait face au courant, les pieds près de la ligne d'eau. Il était l'une des quatre figures militaires du pont d'origine, inauguré en 1856. Lors de la reconstruction du pont au début des années 1970, lui seul fut conservé.
On l'a gardé parce que les Parisiens en avaient fait une échelle de crue. L'eau à ses pieds signale une Seine haute. L'eau à mi-cuisses, et les voies sur berges ferment. Lors de la grande crue de janvier 1910, l'eau lui arriva aux épaules, et cette image reste la référence de ce que le pire peut être.
Une réserve rarement mentionnée : le pont ayant été reconstruit, le Zouave ne se trouve plus exactement à la hauteur qui était la sienne en 1910. Les comparaisons entre les deux époques ne sont donc pas rigoureusement équivalentes. Il reste à la fois un instrument réellement utile et un repère historique peu fiable.
Comment en trouver d'autres
Le point commun de ces cinq lieux, c'est qu'aucun n'est caché. Tous sont en extérieur, gratuits et visibles depuis le trottoir. Ce qui manque n'est pas l'accès, mais la phrase qui vous dit ce que vous avez sous les yeux.
- Lisez les plaques. Paris en appose énormément et personne ne s'arrête. Les petites plaques émaillées et les marbres commémoratifs constituent l'histoire gratuite la plus dense de la ville.
- Regardez le sol. Des repères de bronze insérés dans les trottoirs suivent le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste et d'autres structures disparues.
- Regardez au-dessus des devantures. Les rez-de-chaussée sont refaits chaque décennie ; les trois étages au-dessus n'ont souvent pas bougé depuis leur construction.
- Parcourez la même rue deux fois, une fois de chaque côté. Vous verrez des bâtiments entièrement différents : une façade ne se lit correctement que depuis le trottoir d'en face.
Ou demander directement au bâtiment
C'est exactement le problème pour lequel Globo a été conçu. Pointez votre caméra vers ce qui se trouve devant vous — un monument comme une façade quelconque — et l'application reconnaît le lieu et vous raconte son histoire, avec une version audio à écouter en continuant votre marche. Les plaques sont excellentes ; elles ne sont simplement pas sur tous les bâtiments.
Questions sur ce sujet
- Où se trouve l'amphithéâtre romain de Paris ?
- Les Arènes de Lutèce se situent au 49 rue Monge, dans le 5e arrondissement, et l'on y accède par un passage qui ressemble à l'entrée d'un immeuble ordinaire. Cet amphithéâtre gallo-romain du premier siècle a été redécouvert en 1869 lors du percement de la rue Monge. C'est aujourd'hui un square public et gratuit.
- Pourquoi la Tour Saint-Jacques est-elle isolée ?
- C'est le clocher de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, démolie en 1797 après avoir été vendue comme bien national à la Révolution. L'acte de vente imposait la conservation de la tour. Elle survécut ensuite en étant louée comme tour à plomb : on y laissait tomber du plomb fondu depuis le sommet pour en former des grenailles.
- Quelle est la colonne à côté de la Bourse de Commerce ?
- La colonne Médicis, élevée vers 1575 pour Catherine de Médicis, seul élément subsistant de son Hôtel de la Reine. Le palais fut démoli en 1748 et la colonne préservée, avant d'être intégrée à la halle aux blés devenue la Bourse de Commerce. Elle abrite un escalier intérieur.
- À quoi sert le Zouave du pont de l'Alma ?
- Les Parisiens s'en servent comme échelle de crue officieuse de la Seine. L'eau à ses pieds signale un fleuve haut ; l'eau à mi-cuisses coïncide avec la fermeture des voies sur berges. Lors de la crue de janvier 1910, l'eau atteignit ses épaules. Le pont ayant été reconstruit dans les années 1970, sa hauteur diffère de celle de 1910 : la comparaison reste approximative.

